France Tour 2026

Hommage à Fernande Decruck
La renaissance d’une grande compositrice
En septembre 2026, des musiciens français et américains se réunissent en France pour célébrer la musique de Fernande Decruck (1896–1954), à travers une série de concerts, de rencontres et de découvertes musicales.
Qui était Fernande Decruck ?
Fernande Decruck (1896–1954) était une compositrice, organiste, pianiste et pédagogue française dont la carrière l’a menée du Conservatoire de Paris aux salles de concert de France et des États-Unis.
Improvisatrice et organiste de talent, elle se produisit à New York et composa une œuvre d’une remarquable diversité : musique symphonique et musique de chambre, œuvres pour orgue, piano, instruments à vent et saxophone. Son mari, Maurice Decruck, était contrebassiste et saxophoniste au New York Philharmonic sous la direction d’Arturo Toscanini, et les années passées par la famille aux États-Unis jouèrent un rôle important dans la vie musicale de Fernande.
Dans les années 1940, elle se consacra de plus en plus pleinement à la composition et écrivit plusieurs de ses œuvres les plus ambitieuses, notamment le Concerto pour harpe, Poème héroïque et sa célèbre Sonate en ut dièse pour saxophone alto (ou alto).
Après sa mort prématurée à seulement 57 ans, une grande partie de sa musique sombra dans l’oubli. Aujourd’hui, interprètes, chercheurs, éditeurs et membres de la famille Decruck travaillent ensemble pour faire revivre cette voix musicale remarquable.
La musique
La musique de Fernande Decruck est d’une remarquable diversité. Son catalogue s’étend des grandes œuvres orchestrales et concertantes à la musique de chambre, aux œuvres pour instruments à vent et saxophone, au piano et à l’orgue, aux mélodies, et même à la musique populaire écrite pour le cinéma et la radio.
À travers ces différents genres, on entend une voix musicale très personnelle : profondément française, souvent lyrique et mélancolique, mais aussi joueuse, rythmiquement vivante et virtuose.
Les œuvres présentées lors de la France Tour 2026 offrent un aperçu de l’extraordinaire richesse de son univers musical.

Trois pièces brèves pour violon et piano
Uniquement au concert du 12 septembre
Les trois pièces brèves pour violon et piano suivantes seront présentées exclusivement lors du concert du 12 septembre à La Loingtaine, à Montigny-sur-Loing.
Interprétées par
Ji Hyun Kim, violon et Jorge González Buajasan, piano
Cantilène (1933)
Fernande Decruck adaptait fréquemment sa musique pour différents instruments, permettant ainsi à une même œuvre de prendre de nouvelles couleurs et de trouver de nouveaux interprètes. Aujourd’hui, Cantilène est surtout connue des clarinettistes, mais il en existe également une version pour violon et piano, présentée lors de la France Tour 2026.
Brève, lyrique et expressive, l’œuvre révèle la chaleur mélodique et la douce mélancolie que l’on retrouve dans toute la musique de Decruck.
Pavane (1949)
Fernande Decruck est revenue à plusieurs reprises à sa Pavane au cours de sa carrière. On connaît au moins quatre versions différentes de l’œuvre, réparties sur près de vingt ans — signe qu’il ne s’agissait pas simplement d’une adaptation pratique d’une musique existante, mais d’une idée musicale qui continua à l’accompagner.
Avec ses lignes lyriques et son caractère fluide et délicat, Pavane révèle l’un des traits les plus reconnaissables de la voix de Decruck : une mélancolie élégante et profondément française.
Plus tard dans le concert, cette même musique revient sous une forme très différente, dans la version de Decruck pour trio d’anches.
Andante de la Sonate pour violon (1942) (1942)
Cet Andante offre un aperçu fascinant du travail de redécouverte de la musique de Decruck. Elle écrivit sa Sonate pour violon à l’intention du violoniste français André Asselin, et l’on trouve parmi ses documents cette indication intrigante : « bonne copie chez Asselin ». Aujourd’hui, cependant, seule la partie de violon est connue dans les archives de la famille Decruck ; la partie de piano originale a disparu.
Heureusement, Decruck réutilisa plus tard cet Andante dans une version pour violoncelle et piano. La comparaison des sources conservées a permis de reconstituer l’accompagnement de piano et de faire ainsi revivre une partie de cette Sonate pour violon aujourd’hui perdue.
Trois œuvres pour trio d’anches
Interprétées par Reeds Amis
Marilyn Cole, hautbois
Angela Shankar, clarinette
Melissa Kritzer, basson
Capriccio (1933)
Decruck avait une affinité particulière pour les instruments à vent, et son écriture pour ces instruments associe souvent richesse des timbres et longues lignes expressives. Dans Capriccio, la musique semble presque toujours en mouvement, coulant et jaillissant comme un ruisseau.
Malgré son titre, il ne s’agit pas simplement d’une œuvre légère ou enjouée. Derrière ce mouvement incessant se dessine cette mélancolie rêveuse et profondément française que l’on retrouve si souvent dans la musique de Decruck.
Pavane (1949)
La Pavane entendue ici est une autre version de la même musique présentée pour violon et piano lors du concert du 12 septembre. Decruck revint à cette œuvre à plusieurs reprises pendant près de vingt ans, l’adaptant pour différentes formations instrumentales.
La version pour trio d’anches transforme une nouvelle fois la musique : le hautbois, la clarinette et le basson donnent à ses lignes lyriques une palette de couleurs entièrement différente, tout en conservant la mélancolie qui est au cœur de l’œuvre.
Variations en trio sur l’air du P’tit Quinquin (1933)
Nous découvrons ici une tout autre facette de Decruck : joueuse, espiègle et virtuose.
L’œuvre est fondée sur P’tit Quinquin, une chanson traditionnelle du nord de la France. Decruck s’empare de cette mélodie familière et la transforme à travers une série de variations imaginatives, permettant à chacun des trois instruments d’affirmer son propre caractère.
L’utilisation d’une mélodie traditionnelle annonce également le mouvement Noël de la Sonate en ut dièse, dans lequel Decruck reprend à nouveau une musique familière pour la transformer dans un langage qui lui est propre.
Deux grandes œuvres de musique de chambre
Les deux œuvres les plus importantes de la France Tour 2026 représentent deux moments très différents du parcours créatif de Decruck : la Suite dans le style ancien, œuvre de jeunesse, et la Sonate en ut dièse, œuvre de pleine maturité.
Suite dans le style ancien
pour quatuor à cordes
Composée au début de la carrière de Decruck, la Suite dans le style ancien témoigne de sa fascination pour la musique du passé. Son titre fait référence à la suite de danses baroque, une forme que Decruck réinvente à travers son propre langage musical français du XXe siècle.
À travers six mouvements — Prélude, Courante, Passepied I & II, Sarabande et Gigue — Decruck associe l’élégance et la clarté formelle de la musique française ancienne à son harmonie, son lyrisme et ses couleurs instrumentales caractéristiques.
Le résultat n’est pas une imitation de la musique baroque, mais un dialogue entre le passé et le présent.
Interprétée par
Ji Hyun Kim, violon I
Manon Galy, violon II
Léa Hennino, alto
Héloïse Luzzati, violoncelle
Sonate en ut dièse
pour saxophone alto (ou alto) et piano/orchestre
La Sonate en ut dièse est aujourd’hui l’œuvre la plus connue de Fernande Decruck et l’un des exemples les plus accomplis de son langage musical de pleine maturité. Dédiée au légendaire saxophoniste français Marcel Mule, la Sonate associe formes classiques, harmonies impressionnistes, passages polytonaux, lyrisme et grande virtuosité.
Decruck réalisa des versions avec piano et avec accompagnement orchestral, la partie soliste pouvant être jouée au saxophone alto ou à l’alto. Pour la France Tour 2026, Mitsuru Kubo interprète la version pour alto dans un arrangement de chambre avec cordes et piano.
Les quatre mouvements
I. Modéré et très expressif La Sonate s’ouvre dans une atmosphère mystérieuse avant de laisser apparaître une ample mélodie au caractère pastoral. Le soliste et l’ensemble alternent entre dialogue intime et passages plus expansifs et expressifs.
II. Noël Decruck intègre le traditionnel Noël nouvelet, transformant cette mélodie familière à travers son propre langage harmonique. Son caractère mélancolique offre un autre exemple de son goût pour la réinterprétation des mélodies traditionnelles, également présent dans les Variations en trio sur l’air du P’tit Quinquin.
III. Fileuse Évoquant le mouvement du rouet, Fileuse occupe la place traditionnelle du scherzo. Des passages rapides et fluides permettent au soliste de déployer une grande virtuosité. Marcel Mule lui-même enregistra ce mouvement — un lien particulièrement significatif entre la Sonate et le saxophoniste auquel Decruck la dédia.
IV. Nocturne et Final Le dernier mouvement commence par un Nocturne sombre et mystérieux, évoquant par moments le caractère d’une marche funèbre, avant d’évoluer vers une section finale plus animée qui conduit la Sonate à une conclusion héroïque.
Une œuvre en évolution
Les sources conservées suggèrent que Decruck continua à réviser la Sonate après en avoir achevé une première version. Dans son manuscrit, elle raya et remplaça certains titres de mouvements et indications de tempo.
Un article paru en 1943 dans la revue parisienne Musique et Radio est donc particulièrement révélateur. Sa description des mouvements correspond à plusieurs égards aux indications antérieures encore visibles sous les corrections apportées par Decruck dans le manuscrit.
L’article présente l’œuvre comme plus libre qu’une sonate traditionnelle — presque comme une suite — et salue une « musique franche, spontanée ». Il identifie également l’œuvre spécifiquement comme une Sonate pour saxophone et piano, tout en signalant l’existence d’une version avec orchestre et d’une publication pour alto et piano.
Le manuscrit et ce témoignage contemporain nous permettent ainsi d’entrevoir Decruck continuant à façonner l’identité de sa Sonate au cours de son évolution vers sa forme publiée.
Marcel Mule et la Sonate
Decruck dédia la Sonate à Marcel Mule, l’un des saxophonistes les plus influents du XXe siècle et une figure essentielle dans l’établissement du saxophone comme instrument classique de concert.
Une annonce conservée à la Bibliothèque nationale de France documente une diffusion radiophonique, le 11 août 1943, au cours de laquelle Marcel Mule et André Collard interprétèrent la Sonate de Decruck. Mule enregistra également le mouvement Fileuse — un lien important entre l’œuvre et son dédicataire.
Interprétée par
Mitsuru Kubo — alto solo
Manon Galy — violon I
Ji Hyun Kim — violon II
Léa Hennino — alto
Héloïse Luzzati — violoncelle
Jorge González Buajasan — piano
Matthew Aubin — direction
Redécouvrir Fernande
Pendant des décennies après la mort de Fernande Decruck en 1954, une grande partie de sa musique resta inédite, non jouée, ou connue uniquement grâce aux manuscrits conservés par sa famille.
Sa redécouverte est le fruit d’un travail collectif. Membres de la famille Decruck, interprètes, chercheurs, éditeurs et institutions musicales en France et aux États-Unis ont œuvré pour retrouver les manuscrits, préparer de nouvelles éditions, enregistrer des œuvres jusque-là méconnues et faire revivre sa musique sur scène.
Ces dernières années, ce travail s’est considérablement accéléré. Des œuvres qui n’avaient pas été entendues depuis plusieurs générations sont de nouveau interprétées et enregistrées, tandis que de nouvelles éditions rendent la musique de Decruck accessible aux musiciens du monde entier.
La France Tour 2026 s’inscrit dans cette histoire toujours en mouvement, réunissant des musiciens français et américains dans le pays où commença l’extraordinaire parcours musical de Fernande Decruck.

Christophe Dardenne, Nicolas Prost, Matthew Aubin, Jean-Michel Issartel
France Tour 2026 — Les concerts

📅 Jeudi 10 septembre à 19h00
📍 Auditorium Lounès Matoub
53 avenue de Fontainebleau — Le Kremlin-Bicêtre

📅 Vendredi 11 septembre à 19h00
📍 Église Saint-Louis de Fontainebleau
2 rue de la Paroisse — Fontainebleau

📅 Samedi 12 septembre à 16h00
📍 La Loingtaine
40 rue Grande — Sorques, Montigny-sur-Loing
Les artistes
La France Tour 2026 réunit des musiciens français et américains autour d’un même engagement pour la musique de chambre et la redécouverte de l’œuvre de Fernande Decruck.
Marilyn Cole — hautbois
Hautboïste et pédagogue américaine, Marilyn Cole a étudié à l’Eastman School of Music et se produit dans des formations orchestrales, de chambre et à Broadway. Elle est membre fondatrice de Reeds Amis, dont le travail contribue à faire redécouvrir la musique de Decruck pour trio d’anches.
Angela Shankar — clarinette
Clarinettiste, multi-instrumentiste et pédagogue basée à New York, Angela Shankar a étudié à Carnegie Mellon University et à l’Eastman School of Music. Membre fondatrice de Reeds Amis, elle mène une carrière qui embrasse musique orchestrale, Broadway, musique de chambre et création contemporaine.
Melissa Kritzer — basson
La bassoniste Melissa Kritzer s’est produite notamment avec l’Orchestra of St. Luke’s, l’Albany Symphony, le New Jersey Symphony et le Hartford Symphony. Son travail avec Reeds Amis comprend la transcription, l’interprétation et l’enregistrement de la musique de Decruck pour trio d’anches.
Ji Hyun Kim — violon
Violoniste et altiste, Ji Hyun Kim est professeure de musique et directrice des études orchestrales et de cordes à Albion College, dans le Michigan. Elle est également fondatrice de la ConTempus Initiative, consacrée à la collaboration artistique et à la musique contemporaine.
Manon Galy — violon
La violoniste française Manon Galy a été nommée Révélation Soliste Instrumental aux Victoires de la Musique 2022. Soliste et chambriste primée, elle s’est formée notamment à Paris, Munich et à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth.
Mitsuru Kubo — alto
L’altiste américaine Mitsuru Kubo s’est produite notamment au Carnegie Hall, au Lincoln Center et au Kennedy Center. Collaboratrice de longue date de Matthew Aubin, elle interprète la partie d’alto solo de la Sonate en ut dièse de Decruck lors de la France Tour 2026.
Léa Hennino — alto
L’altiste française Léa Hennino a étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, puis auprès de Nobuko Imai et Lawrence Power. Chambriste active, elle collabore également avec La Cité des Compositrices et son travail de redécouverte des œuvres de compositrices.
Héloïse Luzzati — violoncelle
La violoncelliste Héloïse Luzzati est fondatrice et directrice artistique de La Cité des Compositrices, qui œuvre à la recherche, à l’interprétation, à l’enregistrement et à la diffusion des œuvres de compositrices. En reconnaissance de son engagement, elle a été nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2023.
Jorge González Buajasan — piano
Né à Cuba, le pianiste Jorge González Buajasan s’installe à Paris à l’âge de quinze ans et étudie au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Soliste et chambriste reconnu, il a été récompensé notamment aux concours KlavierOlymp, Clara Haskil et au Concours international de musique de chambre de Lyon.
Matthew Aubin — direction
Chef d’orchestre américain et spécialiste de Fernande Decruck, Matthew Aubin est directeur musical du Jackson Symphony Orchestra et du Southwest Michigan Symphony Orchestra, ainsi que directeur artistique de The Chelsea Symphony. Ses recherches, concerts, éditions et enregistrements ont contribué à la redécouverte actuelle de l’œuvre de Fernande Decruck.
Écouter Fernande
Les œuvres présentées lors de la France Tour 2026 ne représentent qu’une petite partie du remarquable catalogue de Fernande Decruck. Découvrez d’autres œuvres orchestrales, de chambre et concertantes à travers des enregistrements et des interprétations récents.
Remerciements
Je suis profondément reconnaissant à Alain et Jeannine Decruck, Hélène Decruck, Michèle « Mimi » Duvauchelle, Claudine « Coco » Scott, ainsi qu’à toute la famille Decruck de m’avoir accueilli avec tant de générosité dans l’histoire et l’héritage de Fernande, de m’avoir ouvert leurs archives familiales, partagé leurs souvenirs et accompagné la redécouverte de sa musique. Je dois une reconnaissance toute particulière à Hélène, dont les remarquables recherches et le travail de préservation ont posé une grande partie des fondations de tout ce qui a suivi.
La France Tour 2026 a été rendue possible grâce à la générosité et à la collaboration de nombreux amis et partenaires en France. Mes remerciements vont tout particulièrement à Masako Saulière et à La Loingtaine pour leur accueil à Montigny-sur-Loing ; à Pascal Zavaro, Joachim Leroux, Pascale Lambert et au Conservatoire du Kremlin-Bicêtre pour leur aide précieuse dans l’organisation de notre concert en région parisienne.
Je suis également profondément reconnaissant à Héloïse Luzzati et à La Cité des Compositrices pour leur amitié, leur engagement et leur travail en faveur de la redécouverte des compositrices, ainsi qu’aux Éditions Billaudot pour leur engagement constant à rendre la musique de Decruck accessible aux interprètes d’aujourd’hui.
Aux États-Unis, le Jackson Symphony Orchestra et le projet Equal Billing ont joué un rôle essentiel dans la redécouverte actuelle de la musique de Decruck, à travers concerts, enregistrements, recherches et nouvelles éditions. Je suis profondément reconnaissant aux musiciens, à l’équipe, au conseil d’administration, aux donateurs et aux soutiens de l’orchestre d’avoir cru en ce travail.
Enfin, mes remerciements vont à tous les musiciens français et américains de la France Tour 2026, réunis pour redonner une voix à la musique de Fernande dans le pays où commença son extraordinaire parcours musical.